Portion de vie

A day in Zanouchka's life.

31 juillet 2008

Ô revoir Vittorio

vittorio_fiorucci

exposition_d_art_pornographique  pepsi___Vittorio
    Photo et imagesvia
Info Design Canada



Je me suis assise toute droite dans mon lit en entendant la nouvelle ce matin.
Vittorio Fiorucci, le plus grand affichiste montréalais, nous a quitté cette nuit, emporté par un AVC.


On s'était dit avec Mi, qu'on allait l'appeler et qu'on irait le visiter ensemble, qu'il en ferait une tête, chacune le connaissant de son côté.
..moi par le travail, elle car ami de sa famille de bohèmes bourgeois à l'époque. Le temps a filé. On ne l'a jamais appelé.

Je commençais ma carrière dans le monde des communications quand j'ai engagé Vittorio. Il avait généreusement accepté de faire une affiche pour un événement de la Fondation des maladies du coeur.
Pendant 2 mois, on est devenu des potes. J'ai appris sur la vie, sur le métier. J'ai eu le privilège de travailler avec un maître du design, mais ça, je ne le savais pas.

On s'est aimé comme des italiens. Il m'a invitée à souper le premier soir de notre rencontre de briefing, il m'a amené chez-lui et montré sa collection de jouets anciens et m'a raconté sa vie d'un regard coquin. C'est un formidable conteur et je le trouvais drôle. Il pouvait déraper pendant deux heures, et clac, jamais perdu, il fermait une à une toutes les parenthèses qu'il avait ouvertes deux heures plus tôt. Il est venu me reconduire à la maison dans sa voiture antique à deux heures du matin. La totale. Du coup, j'étais subjuguée, il avait fait de moi ce qu'il voulait.

Il avait rugi quand je lui avait rapporté les propos d'une collègue à l'effet que la position de son bonhomme ressemblait à la croix gamée. Il avait rugi encore plus fort lorsque je lui avait demandé de grossir les logos des commanditaires. À force de l'entendre rugir, je n'étais plus effrayée et je lui tenais tête. Je pense qu'il a bien aimé, j'ai eu droit à une promo : il m'amenait chez son graphiste et on allait prendre des cafés pour finir la semaine. Je lui ai même présenté ma vieille voisine italienne pauvre et quasiment aveugle qui travaillait dans son jardin du matin au soir, Rosa de la rue Villeneuve. Tout mon quartier la connaissait, fallait que Vittorio rencontre notre petite-italie!

Puis après tant d'intimité...c'est devenu chiant. J'avais les intérêts des commanditaires à défendre contre ses vertus artistiques. Ce que j'ai fait, avec mon peu d'expérience, j'ai dû le froisser. Ce qui m'a valu d'être expulsée immédiatement de sa Masaretti décapotable, il était cramoisi, du coup je l'ai engueulé du trottoir... Et je suis partie en le traitant de vieux fou, et lui en faisant crisser ses pneus.

Le lundi matin, je n'étais plus enragée contre lui, j'avais bien d'autres misères, mon chum m'avait laissée. Je n'avais pas l'énergie de dealer avec lui. Ne répondant pas à ses appels, pensant que je le boudais, il est venu jusqu'au bureau pour s'excuser. Je me suis plongée dans ses bras et j'ai pleuré comme un bébé. C'est lui qui m'a sauvé, je n'oublierai jamais comment il m'a consolée ce jour-là. Il m'a kidnappée, m'emmenée luncher et on a fait une grande balade dans sa décapotable. Il m'a raconté les femmes de sa vie, l'Italie, Gilbert Rozon, la vie, je l'écoutais heureuse point, consciente de ce moment privilégié, ma peine s'était assoupie. J'étais partie à 11h du bureau et je suis rentrée à 3h45... Personne ne pouvait rien dire, j'étais avec Vittorio.

On a mangé au restaurant pour clore le projet, et on s'est recroisé des années plus tard, il revenanit de Bali et moi aussi, on s'est promis de se revoir, et je ne l'ai jamais rappelé. J'ai voulu aller à la rétrospective de son oeuvre l'an dernier aux bains Matthieu et j'ai oublié le moment venu. Mais aujourd'hui je me souviens, de tout. Je souris en pensant à toi Vittorio, grand séducteur sous les étoiles, tu trouveras sûrement quelqu'un à charmer là-haut. Merci pour tout.


Posté par zanouchka à 13:20 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires

Les journées

On devrait dire plus souvent stop et prendre le temps de faire des petites choses pour les gens qu'on aime. Les jours passent trop vite. Je me souviens de cette histoire d'éjection de voiture. J'avais bien rigolé... Et tu l'as racontée exactement comme à l'époque ! Ton message est rempli de beauté et de tendresse.

Posté par Béné, 02 août 2008 à 03:41

La vie, la vie

Merci ma bénéné. Tu sais, on n'en croise pas beaucoup des personnages comme Vittorio aujourd'hui. Du moins pas moi, et c'est marquant.

Dis donc, est-ce qu'on se le prends ce temps, nous deux ?

Posté par zanouchka, 02 août 2008 à 09:17

Bientôt, au téléphone...

Dur, dur, les fuseaux horaires...

Posté par Bénédicte, 02 août 2008 à 17:51

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